Valoriser les produits locaux équivaut à valoriser le territoire. Mettre l’accent sur les caractéristiques de ces produits contribue à dévoiler les particularités des sites de production et parfois leur unicité. Et les connaître permet de faire apparaître et exalter les combinaisons de facteurs inimitables, indissolublement liés aux caractéristiques qui ravissent les papilles et les narines.
Très souvent, entre autres, ce sont les territoires où l’histoire est le plus présente qui ont un charme particulièrement précieux et intrigant. C’est ainsi qu’on assiste à la naissance d’architectures de qualité vraiment intéressantes, qui s’appliquent à souligner ces valeurs et donner un écrin adéquat aux produits du terroir. Dans ces cas, la relation avec le contexte géographique et culturel et une intégration attentive dans le paysage sont des éléments indispensables pour faire passer le bon message. Si par ailleurs on est en présence d’entrepreneurs maîtres d’ouvrage dont la sensibilité est en harmonie avec ces principes, on voit surgir des exemples parlants, comme celui d’une chaîne importante de la grande distribution en Autriche.
Il est alors évident que l’application de ces principes à des constructions éparses, qui capturent moins l’attention en général, peut apporter une énorme contribution à la valorisation de nos territoires.
Roberto Rosset ARCHITECTE
Édito
Published on number 33 of Images, juin 2014
Réaliser une habitation c’est oser, risquer, hasarder un petit quelque chose qui, au delà des règles plus au moins préfi xées, évoque en nous du plaisir ; car il s’agit bien de créer quelque chose d’unique, d’extraordinaire et de très personnel. Remarquez que dans les constructions autour de nous, dans la plupart des cas, nous retrouvons systématiquement des éléments déjà vus…
Rarement on s’éloigne d’un standard qu’on pourrait qualifi er de « rassurant », d’un schéma que nous répétons et nous reconnaissons comme « traditionnel ». Dans ce numéro, j’ai voulu proposer des exemples originaux qui savent nous émerveiller par un choix architectural, par l’emploi ou la réutilisation des matériaux, ou encore par un emplacement extraordinaire. L’originalité est également le fi l rouge de la section «Tendances», dans laquelle vous trouverez exclusivement des réalisations commerciales et industrielles, qui nous prouvent que dans ces domaines aussi on peut construire de manière unique.
Rarement on s’éloigne d’un standard qu’on pourrait qualifi er de «rassurant», d’un schéma que nous répétons et nous reconnaissons comme «traditionnel»
Permettez-moi enfi n d’ajouter qu’une habitation est un lieu de rencontre, l’espace privilégié des émotions et des souvenirs et, donc, elle n’est jamais tout à fait conclue. Toute maison peut être rendue unique ; on peut toujours changer des parties ou des détails, car – qu’on en soit conscient ou non – elle est le chantier où s’expriment notre sensibilité et notre passion, toujours en évolution…
Nous sommes en Vallée d’Aoste, dans le Valsavarenche, au coeur de ce Parc national du Grand-Paradis qui fait l’orgueil des Valdôtains -et non seulement de ceux-ci -et représente le premier parc institué en Italie sur un territoire de plus de 70 000 ha. Ici le temps est scandé par les saisons et la nature se manifeste dans toute sa force en poussant à reconnaître l’importance des rythmes d’un monde qu’il ne faut pas croire perdu à jamais.
La chambre destinée aux hôtes
Le lieu exact est Nex, village à l’architecture singulière: ses greniers en bois datant des XVe-XVIIe siècles prouvent qu’ici pendant le Bas Moyen-Âge la maison rurale était constituée de plusieurs petites constructions destinées à abriter les récoltes. Ce sont des témoignages très intéressants du point de vue architectural. En plus, le toponyme «Nex» évoque le fait que dans la cavité humide située à côté de la route on faisait macérer le chanvre, jadis largement cultivé dans cette zone. Nex, hameau minuscule, est un microcosme de maisonnettes en bois, cailloux et pierres, restaurées dans le respect du «canevas» originaire par l’ingénieur Franco Binel d’Aoste dans les années 1970. Aujourd’hui encore c’est un des plus beaux exemples de récupération architecturale qui a permis au village de garder sa physionomie ori-ginaire. La maison que nous allons illustrer ou, mieux, les poutres de sa toiture ont fait l’objet d’un test au carbone 14 par les soins de l’Administration régionale de la Vallée d’Aoste; ce test a donné une datation, au plus tard, de la «fin du XIVe siècle». Il s’agit d’une construction en grandes planches de mélèze, épaisses de 10 cm environ, posées sur des poutres de la même essence, de 20 cm x 20, qui sont ancrées à un soubassement en pierre très épais. La façade principale présente un détail intéressant: une logette couverte, appartenant à la construction originaire. Cet espace extérieur, protégé et bénéficiant d’une très bonne exposition, était probablement utilisé jadis pour sécher le foin ou d’autres récoltes; aujourd’hui il se prête à des moments de relax ou de convivialité en toute saison.
La premiè restauration effectuée dans les années 1970 avait opté, suivant la coutume de l’époque, pour un revê-tement des murs intérieurs en lames de mélèze de 5 cm environ, des escaliers intérieurs eux aussi en mélèze avec marches à pas alterné d’une épaisseur surdimensionnée, une seule salle de bains en demi sous-sol et la pose d’une moquette sur les sols. La réhabilitation actuelle a adopté le critère de ne valoriser que le mélèze ancien; un matériau contemporain très isolant a été utilisé pour les revêtements intérieurs tandis que l’escalier, moderne, est en fer, sans compromis avec l’ancienne structure.
Planches de mélèze originales
Le nettoyage de l’intérieur a mis en lumière une belle sole d’époque en mélèze rouge et, dans le demi sous-sol, des poutres auparavant recouvertes et, donc, guère visibles. Les installations électrique et hydraulique ont été entièrement rénovées et mises aux normes. Le parement extérieur a subi un traitement à base de produits destinés à consolider le vieux bois sans en changer ni la couleur ni la structure. Le maître d’ouvrage ayant exprimé, dès le début, l’exigence d’une demeure confortable, vivable toute l’année et réalisée avec des matériaux adaptés à un style de vie contemporain, la décoration a été fabriquée d’après des dessins expressément conçus, tandis que divers objets sont des oeuvres des plus importants maîtres du design contemporain répondant aux désirs de la maîtresse de maison
Cette grande maison, répartie sur plusieurs niveaux, représente un modèle parfait d’association de vieux bois traité et brossé et de décoration ultramoderne. Son propriétaire voulait qu’à l’intérieur les murs, aussi bien que les planchers, soient réalisés en vieux bois; ainsi a-t-il été choisi de travailler ce matériau très simplement pour ne pas surcharger l’ensemble et, à la fois, maintenir des lignes légères et raffinées. Le même critère a été adopté dans l’élaboration du pro-jet des pièces, où le choix d’une ligne “all over” pouvait facilement amener à la création d’espaces guère confortables; vice-versa, en jonglant avec les volumes et les niveaux différents on a réussi à créer partout une ligne générale de légèreté. Dans l’optique d’engendrer un dialogue intéressant entre vieux bois et modernité l’emploi de matériaux naturels tout à fait contemporains a constitué un important appoint.
Contours raffinés en métal noir et revêtements en bois antique: un dialogue intéressant entre modernité et vieux bois
Le vaste salon comporte trois espaces intéressants: la zone repas, la zone relax/conversation et la zone consacrée à la grande cheminée. Cette dernière, par ses lignes pures et contemporaines, par ses contours raffinés en métal noir et par son revêtement en vieux bois témoigne manifestement de la recherche d’un dialogue idéal et incessant dans toute la maison. Le séjour, vaste et articulé, avec une double hauteur, a un rapport privilégié avec l’extérieur qui communique incessamment avec l’intérieur grâce à de grandes baies vitrées. La décoration des salles de bains s’exprime par des lignes essentielles: les tablettes des lavabos, réalisées sur place, sont en mortier de ciment ciré et poli; murs et planchers sont revêtus en bois alors que les sols présentent des revêtements on ne peut plus contemporains en grès noir. La piscine, dont le grand bassin en béton armé est revêtu de résine polyester, est bordée de pierre naturelle aux nuances bleu-gris qui reviennent aussi tout autour.
Le séjour révèle tout le savoir-faire des artisans du bois
Un savant jeu de plaques- miroirs multiplie l’espace et apporte une remarquable profondeur. Conformément au concept de modernité adopté, un parquet en chêne, aux planches larges et aux tons clairs qui augmentent la lu-minosité des pièces, revient dans toute la maison. En ce qui concerne la cuisine, pour valoriser ce volume, remarquable sous le profil architectural, s’ouvrant près de l’entrée principale il fallait créer un espace technique convenablement équipé, mais dissimulé de manière à ne pas être trop impactant. Le résultat obtenu est excellent: une zone technique sur mesure et un plan de travail en ciment coloré et ciré dans les mêmes tons du bois. La décoration de cette grande maison, sobre et contemporaine, exprime un goût montagnard décidé et raffiné.
La chaleur du vieux bois se marie superbement au plan de travail en ciment laqué et aux dalles de grès du sol
Le vieux bois savamment travaillé et son emploi opti-mal, à partir de la charpente jusqu’aux revêtements et aux meubles fabriqués sur mesure, ont contribué à la création d’une maison qui répond entièrement aux exigences du maître d’ouvrage, avec une attention particulière pour la dimension humaine, pour le confort. Le résultat obtenu est tout à l’honneur de l’équipe chargée de l’élaboration du pro-jet et de sa réalisation, car elle a fait preuve d’un haut niveau technique et d’une grande expérience.
Fruit de la recherche attentive d’une jeune famille qui souhaitait trouver une maison dans un lieu de montagne assez proche et dans un emplacement, écarté et tranquille, offrant la possibilité de pratiquer du sport dans un domaine assez étendu et bien équipé, ce moderne chalet est situé aux Carroz d’Araches, à quelques kilomètres d’Annecy et de Thonon et -aussi -à proximité de Genève. Le nom Carroz d’Araches est très probablement dû au fait que ce village se trouve au carrefour de plusieurs routes… La maison, répondant à toutes les qualités requises, de construction récente, a été projetée suivant les critères typiques des constructions en bois: structure portante en béton armé pour le soubassement, puis construction en bois suivant le projet.
La vaste cuisine avec une grande table
Pourquoi construire en bois? Essentiellement parce que le bois est un matériau sain qui offre un confort sans égal! L’entreprise qui a effectué les travaux s’est chargée du projet et de sa réalisation clés en main; elle a fabriqué sur mesure, dans son établissement, tous les éléments qui constituent la maison en utilisant du bois de sapin et du vieux bois, à partir de la structure portante jusqu’aux menuiseries et aux meubles. Tout cela en recourant aux technologies les plus modernes et en employant une centaine d’ouvriers spé-cialisés; ces derniers préparent dans l’établissement pratiquement toutes les pièces nécessaires au projet, puis ils en suivent l’assem-blage sur place. Valorisation des compétences, passion et enthousiasme aboutissent à des résultats de haut niveau qui, associés aux connaissances et à l’expérience pluriannuelle dans ce domaine, assurent au client un produit fiable et de qualité irréprochable.
Les escaliers, renforcés par l’éclairage doux, s’imposent comme l’élément décoratif le plus fort.
Construire une maison en bois en transformant la matière première et en assemblant les éléments à l’aide de matériaux naturels est, rappelons-le, un système de construction qui respecte l’environnement et réduit les émissions nocives; par ailleurs, l’habitation dont la réalisation se base sur les principes de construction de la bioclimatique et sur les systèmes technologiques les plus avancés offre un très grand confort. Une fois la structure achevée dans ses différentes parties, le client a choisi le chêne pour tous les parquets et pour l’escalier. Ce dernier est en fait l’élément décoratif le plus important; comme nous venons de le dire, il est en bois; le pro-jet a prévu une structure qui resterait bien en vue: ainsi a-t-on réalisé une sorte de «cage» apparente, valorisée encore plus par un éclairage particulier Le chalet se développe sur trois niveaux ; dès l’entrée on a immédiatement la perception d’un volume important: un living spacieux sur lequel donne la cuisine ouverte et, à part, la zone destinée aux hôtes, constituée de deux grandes chambres communicantes avec une salle de bains.
La chambre des tout petits
L’étage supérieur accueille la zone de nuit avec un espace destiné aux enfants et la chambre du maître et de la maîtresse de maison avec une salle de bains qui donne sur le bois. Le soussol abrite l’espace fitness, le home cinéma et les locaux accessoires. Rien n’est laissé au hasard; les lumières étudiées avec une grande attention et un système domotique avancé qui permet de commander l’éclairage et -aussi -les stores et la musique, créent une ambiance particulièrement accueillante grâce, entre autres, au choix des tissus qui habillent agréablement la maison.
Ce projet se proposait la restauration optimale d’une construction de Courmayeur, blottie au milieu du bois de plan Gorret sur les flancs du Mont-Blanc et remontant aux années 50 du siècle passé. La collaboration active du maître d’ouvrage avec les concepteurs du projet a abouti à une réhabilitation très intéressante, dont le style moderne et essentiel parvient à allier la réalité historique de la maison et les nouvelles caractéristiques fonctionnelles ou requises par la loi au sujet des différentes installations. La construction originaire formait un bloc unique en pierre avec finitions et crépi clairs, dépourvu de toute caractéristique architecturale de relief. L’exigence fonctionnelle exprimée par le maître d’ouvrage requérait une étude des volumes existants en vue de la création d’espaces conviviaux séparés, susceptibles d’être vécus en toute liberté; d’où l’idée d’éliminer les éléments en maçonnerie, fixes et contraignants, et de les remplacer par des éléments de décoration définissant les différentes zones.
Technique mixte, fer et bois, pour les plafonds apparents.
La cheminée centrale représente un élément technologique de convivialité parfaite; non seulement elle remplit une fonction technique de chauffage, mais elle crée une séparation spatiale entre la zone salle à manger et le séjour. Il en est de même pour l’escalier, élément qui permet de voir toute la pièce grâce à sa transparence et sert, en même temps, à séparer la zone de l’entrée de celle aménagée en cuisine. En général tous les travaux effectués sur la construction existante ont été réalisés suivant des techniques et avec des matériaux reconnaissables, de manière à ne pas cacher l’essence originaire: c’est le cas, en premier lieu, des planchers, objets d’une technique mixte fer/bois et dont la consolidation a été faite par un microjet de béton vibré et -aussi -du nouvel escalier, réalisé en fer à l’instar de toutes les structures portantes; les parties en bois du toit et des planchers ont été traitées par un oxydant spécial, qui maintient le naturel des veines du bois et rappelle la couleur typique du bois vieilli par le temps.
Les murs existants ont été soigneusement nettoyés et stuqués à l’aide de chaux naturelle avec finition au ras du mur. L’éclairage, étudié avec attention, offre une lumière indirecte projetée par des faisceaux de LED à basse consommation, exception faite pour les zones de travail de la cuisine et du coin repas, dotées d’un éclairage en plongée encastré. La production d’eau chaude à usage sanitaire/chauffage est assurée par une installation centralisée à GPL, reliée à un système de production d’énergie provenant de sources renouvelables, en l’espèce des panneaux solaires susceptibles de fournir plus de 40% de production autonome d’énergie à zéro émission. Un système complexe de thermostats gère la climatisation de tout l’édifice et optimise l’efficacité énergétique de toute la construction compte tenu de l’étage et de l’exposition. Les meubles et les objets de décoration ont été fabriqués rigoureusement sur mesure, dans un style contemporain et linéaire.
La chambre du maître de maison avec sa belle cheminée
La forme et la superficie rigoureuses laissent une place à l’expressivité esthétique et sensorielle typiques du bois, utilisé pour une grande partie de la décoration. La veine et les noeuds de l’essence utilisée transparaissent sous un voile aux nuances grises, destiné à sauvegarder l’originalité de l’oxydation naturelle du bois due au temps. Certains éléments remarquables de la maison se distinguent de par leurs couleur et finition, par exemple la cheminée du living, revêtue de lames de chêne taillées à la scie, qui rappellent la composition tridimensionnelle des revêtements en pierre existants. Par contre, dans la cuisine le bois est utilisé en opposition aux éléments high-tech; le comptoir en chêne encadre, presque en l’embrassant, l’îlot technique entièrement realize en acier.
Au début c’était une vieille remise en bois en très mauvais état, tellement mal en point qu’en fait il aurait été plus simple de la démolir… Le défi auquel le jeune architecte s’est confronté se basait sur les possibilités d’élargir et d’optimiser les espaces à l’intérieur d’un volume qui ne pouvait être modifié à cause des contraintes urbanistiques. Le dessein d’en faire sa propre demeure se doublait d’un deuxième objectif, celui de faire de cette maison un modèle : un exemple du style, du cachet, de la “conception” d’un jeune professionnel qui retourne au pays natal, après avoir terminé ses études et vu des créations un peu partout dans le monde, avec la ferme intention de laisser des traces de sa conception de l’architecture de montagne. En effet, cette maison laisse nettement transparaître le style de l’architecte, sa philosophie et sa conviction au sujet de l’orientation que devra emprunter l’évolution des maisons alpines: lignes pures, architecture audacieuse, tendance contemporaine dans les formes et volumes, attention pour la qualité des matériaux et pour l’éco-durabilité. Ce chalet est équipé d’une pompe de chaleur et d’une isolation des murs et de la toiture en laine de roche d’épaisseur variable de 30 à 35 cm.
L’extérieur, la nuit : extrême pureté des lignes et symétrie architecturale.
Le revêtement, réalisé à l’aide de liteaux, permet de proposer un effet visuel «intérieur-extérieur» interagissant parfaitement avec les éléments de la façade en fer Corten et avec les grandes baies. Si la puissance du paysage extérieur fait irruption dans l’habitation, l’image qu’on perçoit, depuis l’extérieur, de la vie quotidienne des habitants de cette maison est, elle aussi, très forte : cela répond au principe que soutient l’architecte, pour qui tous les êtres humains sont des acteurs dans le théâtre du quotidien. Voilà qui explique son choix. L’aspect général de cette construction présente une grande pureté de lignes et une belle symétrie. On entre dans ce «récipient» depuis l’extérieur dans un rez-de-chaussée lumineux où est aménagé un living avec une importante cuisine à l’américaine. De grandes surfaces vitrées permettent non seulement de bénéficier de la lumière naturelle, mais aussi de jouir d’une étonnante sensation de liberté. L’important volume ouvert du séjour a pu être obtenu grâce à des renforcements structurels en fer, apparents et peints en gris anthracite.
Une chambre d’angle pour accueillir les hôtes.
La gamme de couleurs adoptée décline les nuances du blanc et du noir. Le sol est revêtu de carreaux de céramique de grandes dimensions (120 x 60 cm) comme dans les salles de bains. À l’étage, auquel on accède par un large escalier, se trouve la zone de nuit destinée aux hôtes : deux chambres avec salles de bains et un bureau. Ici aussi les chambres jouissent d’une vue magnifique, une sur les Drus et l’autre sur le Brevent, deux des cimes les plus renommées de la chaîne du Mont-Blanc. À l’étage supérieur un espace unique accueille la chambre du maître de maison: c’est un très grand volume où il n’existe que les cloisons nécessaires pour la salle de bains/douche et la tête de lit. Des surfaces vitrées placées aux quatre coins de la maison offrent un panorama exceptionnel. Ce n’est pas une maison ordinaire, c’est un «récipient» dans lequel l’architecte a inséré des concepts d’habitation qui dépassent le simple projet et conduisent vers des raisonnements et, donc, des créations où philosophie et architecture se croisent en jetant des ponts imaginaires vers un avenir de formes et de possibilités tout à fait innovantes. La tradition et la force naturelle du territoire sont fermement sauvegardées par le choix des matériaux.
À la montagne l’hiver est synonyme de neige. Un manteau blanc recouvre le paysage ; pendant des mois les prés, maisons, rochers, bois se transforment et montrent, dirait-on, dans le cas des constructions, le « négatif photographique » de leur image d’été. Et ce, parce que les murs blancs qui se détachaient sur le vert des prés, disparaissent dans le paysage enneigé tandis que les murs en pierre et les revêtements en bois, dont les couleurs se fondaient dans la nature, deviennent soudain visibles et dessinent un paysage différent.
Il ressemble à une tente couverte de toncs et se trouve sur une pente douce, niché dans un paysage dominé par le blanc de la neige
La lumière naturelle, chaude et enveloppante en été, devient intense et aveuglante, lorsqu’elle est intensifiée et réverbérée par la neige. Même la perception des maisons change, elles deviennent des refuges et on les associe psychologiquement à des espaces chauds et protégés ne laissant pénétrer ni le froid ni la nature, même lorsqu’elles présentent de vastes transparences qui donnaient la sensation, pendant la belle saison, de vivre sous un simple abri.
Un prototype, une architecture expérimentale qui découle d’une recherche spécifique sur les questions de naturalité et de la durabilité de la vie.
Enfin, du point de vue technique la présence de la neige qui s’amoncelle contre les murs et recouvre les toits oblige à adopter des solutions de construction particulières pour faire face aux charges accrues et éviter les infiltrations et la détérioration des matériaux. Découvrir combien de facteurs liés à la neige peuvent influencer la manière de penser et de projeter les constructions à la montagne peut surprendre, mais il y a ceux qui savent les exploiter !
Quinze ans de suggestions visant à faire rêver, d’épisodes, de dates à respecter, de fêtes… Des images à foison, à partir des photos sur rouleau jusqu’à celles d’un appareil numérique qui donne des résultats fantastiques, encore inimaginables dans un passé tout proche. Des études en architecture inachevées, un petit regret qui s’évanouit à chaque parution de cette revue toute à moi et dont je revendique fardeaux et honneurs : marquée, au début, par une forte vocation touristique, elle s’est transformée en fonction de mes intérêts (un peu) et (beaucoup) de la demande de « mon public », de ces lecteurs que je n’aurais jamais su imaginer si nombreux ! Les maisons sont devenues le thème dominant d’Images, tout comme les manières de vivre la maison et l’architecture alpines en général ; ma revue s’est fait connaître par ses caractéristiques, par son cachet, toujours élégant, jamais affecté.
Connaissance du métier, technique, sensibilité… en entrant dans une maison j’essaie de saisir ce qu’elle communique.
Connues et reconnues dans tout l’arc alpin, nous dépassons la frontière des montagnes et sommes accueillies même par ceux qui ne vivent la montagne que de temps à autre, mais en apprécient les caractéristiques ; ma revue est née bilingue (italien et français) non pas par goût de la sophistication, mais parce qu’elle a vu le jour en Vallée d’Aoste où le bilinguisme est le quotidien. Mes lecteurs étant désormais très nombreux, je devrais songer – me dit-on – à l’anglais, langue plus internationale, mais je reste convaincue que dans Images le langage est une suite d’adjectifs bien des fois superflus, car ce sont les images qui parlent ; par conséquent, excusez-moi, mais l’italien et le français restent simplement le cadre de ce langage plus universel qu’est la photographie. Connaissance du métier, technique, sensibilité… en entrant dans une maison j’essaie de saisir ce qu’elle communique, en quête de ce goût alpin que chacun interprète et décline d’une manière personnelle. Voilà ce que je voudrais écrire aujourd’hui, à la veille de la parution de ce numéro 30 que j’ai tant attendu et que je regarde déjà avec détachement, prête à parcourir encore, avec vous et (je l’espère) avec de nouveaux lecteurs, les sentiers et les routes de ces Alpes que j’aime.